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Alerte route mythique! Aujourd’hui je vous emmène sur la route du Karakoram (KHH ou Karakoram Highway en anglais), la deuxième route goudronnée la plus haute au monde. Cette dernière relie la Chine au Pakistan en passant par le col du Khunjerab à 4693 mètres d’altitude et côtoie de nombreux sommets à plus de 7000 mètres d’altitude. Cette route mythique a été achevée en 1978 après plus de 20 ans de travaux qui ont couté la vie à de nombreux travailleurs du fait du terrain difficile… La KHH d’aujourd’hui emprunte d’ailleurs un des itinéraires de la route de la soie où les voyageurs bravent l’altitude, les glissements de terrain et le froid depuis des siècles.

 

karakoam xinjiang chine

Le but de la journée, le lac Karakul

 

J’étais toute excitée en partant de Kashgar, je trépignais d’impatience à l’idée de partir à la découverte de cette route dont j’avais, malgré le peu d’informations, vu des photos incroyables. La KHH n’était pas une inconnue, j’en avais déjà entendu parler quand mon père, pas voyageur pour un sou mais cyclotouriste averti, s’était vu proposer par un ami aventurier de la parcourir à vélo. (Autant vous dire qu’à la mention du mot Pakistan mon père a failli faire une crise cardiaque et a gentiment décliné). Cette route était pour moi synonyme d’aventure et d’inconnu… du coup j’avais un peu hésité avant d’y trainer mari et enfants, me demandant si les kilomètres, l’altitude et l’isolement ne seraient pas un peu trop pour eux… mais l’envie était trop forte, Karakoram nous voilà!

Les premiers kilomètres pour rejoindre les montagnes sont faciles, nous passons par la petite ville d’Opal pour faire quelques provisions et pour visiter le marché qui avait lieu ce jour-là. Juste après Opal, nous abandonnons le confort de la belle nationale pour pénétrer dans les montagnes et découvrir une route devenue un véritable champ de bataille. Le gouvernement chinois souhaitant améliorer la liaison avec le Pakistan et donner ainsi un accès à la mer supplémentaire à la Chine effectue des travaux pour créer une véritable autoroute (et une ligne de chemin de fer à terme également)… Mais en attendant que l’autoroute soit prête, il nous faut naviguer dans un vrai champ de bataille où parties goudronnées et pistes en terre se succèdent au milieu des travaux, un enfer! Ce parcours épique ne semble pas pour autant ralentir les fous du volant, ces camions surchargés venus du Pakistan… quelques épaves de camions ici et là ne font rien pour nous rassurer.

 

karakoam xinjiang chine

Cette partie de la route était en bon état… impossible de s’arrêter pour des photos ailleurs…

 

La route est mauvaise mais les paysages sont à couper le souffle: rouges tout d’abord, du fait d’un sol très riche en fer, ils deviennent avec l’altitude gris et blanc à mesure que les glaciers apparaissent sous nos yeux. Le trajet continue doucement, tout doucement, ralenti par un camion sans âge impossible à doubler, ralenti par le check point où nous devons montrer patte blanche, ralenti par un convoi de véhicules militaires chinois amenant des briques à la frontière (fermée) entre Chine et Afghanistan… J’ai hâte de sortir de ces gorges et de retrouver la belle route promise par notre chauffeur une fois arrivés sur les plateaux…

A 3300 mètres nous sortons de la poussière des travaux et débarquons sur un plateau où nous nous retrouvons face à des dunes sorties de nulle part… J’attendais avec impatience le lac Karakul mais j’ai vite réalisé que le lac n’était qu’un des paysages incroyables sur cette route…J’ai failli rendre le chauffeur chèvre en voulant m’arrêter constamment pour prendre des photos… Sur ces plateaux nous sommes chez les Kirghizes, impossible de ne pas s’en rendre compte les hommes kirghizes portent un chapeau très particulier (dont nous avons ramené un exemplaire… 40 Yuan après marchandage)!

 

karakoam xinjiang chine

Le premier paysage incroyable auquel je ne m’attendais pas du tout…

 

En arrivant au lac Karakul à 3600 mètres d’altitude nous sommes désormais en haute montagne et nous pouvons enfin admirer le Muztagh Ata, haut de 7546 mètres et considéré comme étant le plus de 7000 mètres le plus facile à grimper au monde, ainsi que le Kongur Tagh le plus haut sommet du coin à 7719 mètres qui est lui beaucoup plus technique et qui n’a été gravi que dans les années 80. Ce lac Karakul mérite bien sa réputation, le coin est magnifique….

 

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Le fameux Lac Karakul… dans les nuages malheureusement

 

 

Arrive alors le moment tant redoutée… le passage au col à 4050 mètres, les enfants ne sont jamais allés aussi haut et j’appréhendais un peu ce moment… A les voir gambader et faire des batailles de boule de neige à Karakul, je me sens rassurée et quelques kilomètres plus loin nous basculons vers Tashkorgan en territoire Kazakh (en longeant la frontière avec le Tadjikistan fermée aux étrangers). Nous sommes tellement hauts qu’ici les camions semblent toucher les glaciers! Une fois en « basse » altitude à Tashkorgan (3000 mètre quand même), le temps s’étant gâté, nous avons juste le temps de visiter le fort avant que les premières gouttes de nos deux semaines sur la route de la soie commencent à tomber.

 

karakoam xinjiang chine

Miracle Tashkorgan sous le ciel bleu!

 

Le lendemain, miracle et joie, le soleil est au rendez-vous! La vue depuis les terres humides, où le bétail vient paitre, sur les hautes montagnes et le fort millénaire vestige de la route de la soie restera un moment inoubliable de ces deux jours… L’endroit est calme, le fond de l’air est frais, l’air est pur, le paysage est grandiose et nous sommes seuls… Un vrai bonheur abrégé car il est temps de repartir vers Kashgar non sans un arrêt provision à Tashkorgan, ville kazakh, où nous avons juste le temps de remarquer qu’une des spécialités locale est la femme à moustache!

La route du retour sous le soleil fut merveilleuse… je laisse les photos vous le prouver…

 

karakoam xinjiang chine

Yak dans les plaines à 3600 mètres

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Les camions pakistanais surchargés longent les glaciers… on est à 4100 mètres quand même…

karakoam xinjiang chine

L’orage fonce sur nous à Tashkorgan… tous aux abris

karakoam xinjiang chine

Vue magnifique sur le deuxième sommet le plus haut du coin

On commence à redescendre... les paysages changent en permanence...

On commence à redescendre… les paysages changent en permanence…

karakoam xinjiang chine

On a un peu l’impression d’être sur la lune…

 

Bonus : Petit lexique pour les nuls

Tous ces noms de lieux qui me faisaient rêver et me semblaient si exotiques sont en fait très terre à terre… les locaux ne sont pas allés chercher très loin…

Les montagnes de Karakoram sont les montagnes aux pierres immenses

Le lac de Karakul signifie grand lac

Mustaratta signifie le père des montagnes de Glace et Kongur la montagne grise

La ville de Tashkorgan s’appelle le fort de pierre… on comprend vite pourquoi vu que l’attraction locale est un fort de pierre….

 

KarakoamHighway_Xinjiang_Chine-41

Tempête de sable juste avant d’arriver à Kashgar… impressionnant…

 

Nous rentrons vers Kashgar, notre route de la soie est terminée… nous avons atteint les confins de la Chine et il est temps de rentrer à Hong Kong… Nous avons adoré ce voyage, un de nos plus beaux voyages jusqu’à présent. J’espère vous avoir donné envie de venir découvrir ce coin du monde très peu connu chez nous et vu le peu d’information sur internet, je vous prépare un petit guide pour partir à la découverte de la route de la soie chinoise.

 

Informations Pratiques

– Pour parcourir la KHH, il faut passer un checkpoint et présenter un permis émis par les agences de voyage. Ce permis semble être juste un bout de papier où l’agence certifie qu’elle vous surveillera… Il existe des bus qui relient Tashkorgan mais personne n’a pu me dire si les étrangers pourraient passer le check point…

– De Kashgar à Tashkorgan il faut compter environ 300 kilomètres. La route passe à 4050 mètres après le lac Karakul avant de redescendre à 3000 mètres à Tashkorgan… avis à ceux sujet au mal des montagnes. La carte vous montre notre itinéraire : Kashgar – Opal – Karakul – Tashkorgan et demi-tour le lendemain. Une petite carte pour vous situer un peu…

 

carte karakoram

– Je vous conseille de partir le lundi matin de Kashgar (parfait après le marché du dimanche à Kashgar) pour vous arrêter en chemin au marché d’Opal (45km)… le marché est moins grand que celui de Kashgar mais encore plus authentique.

– Il faut passer au minimum deux jours sur la KKH (trois ou plus si vous voulez faire une petite randonnée dans le coin…). Du coup il faut décider où dormir… le choix est limité entre une yourte sur les bords du lac Karakul ou un hôtel à Tashkorgan. Nous avions opté pour l’hôtel Crown Inn  (créé par un singapourien… on se demande bien ce qu’il fait dans ce bout du monde…) à Tashkorgan qui est très bien. Cela permet de dormir un peu plus bas (à 3000 mètres au lieu des 3600 mètres de Karakul), d’avoir un peu plus de confort et d’équilibrer nos deux jours de visite. Les yourtes le long du lac Karakul manquent de charme et il y fait TRES froid la nuit… par contre vous pourrez alors voir le Mustaratta et le lac au lever du jour!

karakoam xinjiang chine

Les nombreux camions ont sculpté la végétation

– Pour manger à Tashkorgan, je vous recommande un super restaurant pakistanais qui ne paie pas de mine de l’extérieur: le World Roof Restaurant, tenu par un ancien cuisiner de l’ambassade anglaise au Pakistan… Dans la tradition pakistanaise, on y mange avec ses doigts et c’est bon (on n’est même pas tombés malades….). En route aucune réelle possibilité de se restaurer sauf quelques trucs pas bien bons chez les nomades… prévoyez votre pique-nique

Pour profiter du lac Karakul, rien ne vaut une petite randonnée autour du lac (attention certaines zones étaient un peu marécageuses) et pour les enfants (ou les gens qui s’essoufflent vite à 3600 mètres), les kirghizes vous sauteront dessus pour vous proposer les services de leur cheval. Compter 50 Yuan mais précisez bien (avec des gestes) ce que vous voulez faire.

– Depuis mon passage à Tashkorgan, j’ai lu que la Chine voulait ouvrir un aéroport à Tashkorgan, entre ce projet et la future autoroute, la région devrait donc se désenclaver doucement. Il semble y avoir un peu plus de tourisme en été au vu des installations à Tashkorgan mais début mai nous n’avons pas croisé un chat.

 

karakoam xinjiang chine

Ah les prairies tranquilles de Tashkorgan…

As-tu déjà parcouru une route mythique comme la route du Karakoram ? Maintenant que j’ai t’ai fait découvrir la KHH, tu es tenté de venir y faire un tour ?

 

 

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10 Réponses

  1. Laurent

    Le versant chinois de la KKH n’a donc visiblement pas du tout à partir de son frère pakistanais. Je ne serais pas surpris d’aller traîner un peu mes savates par là-bas une prochaine fois ! La route est maintenant rouverte de bout en bout avec le Pakistan. Ça faisait plus de 10 ans que la KKH côté pakistanais était bouchée, suite à un éboulement massif qui a bouché la vallée avec un lac qui s’est formé là où passait la route. Des tunnels ont été construits pour passer sous ce lac. Je ne serais d’ailleurs pas surpris chez les Chinois aient mis la main à la poche pour les travaux.

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    • Amélie

      Tu as bien deviné, en effet la Chine dépense plein d’argent pour permettre de développer cet accès à la mer par le Pakistan… ils paient du coup tous les travaux… D’ailleurs ne traine pas trop parce que les chinois ont de grands projets pour cette route mythique… Seul soucis, connaissant tes gouts de voyage, je ne sais pas trop comment on peut faire ça en bus et en s’arrêtant pour prendre pleins de photos 🙂

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  2. Anny FAVRE

    J’ai fait la KKH côté chinois en 2010, coté pakistanais en 2008, les 2 en bus sans aucun problème. Si je puis me permettre, il me semble qu’il y a des inexactitudes, Taschkorgan n’est pas Kirghise mais Tadjique, et si je ne me trompe, Kara : signifie noir. A part cela magnifiques photos.
    Mes rêves sont défaire la route de Kashgar a Ali et pourquoi pas Lhassa, elle passe, entre autre, le long de la face nord du K2, et entre la chaine de l’Himalaya et les Kun Lun… la Pamir Highway, côté chinois, je n’ai parcouru que le côté Tadjique, en camion chinois, jusqu’au Kolma Pass (interdiction de passer la frontière pour les étrangers) et le dernier Chengdu à Xining en passant par Dege, Yushu Amnye Machen, je l’ai déjà tentée 3 fois, j’espère que je réussirai en mai prochain.
    Bone route et beaux rêves
    Anny

    Répondre
    • Amélie

      Tu as raison j’ai mis Kazhake alors que c’est Tadjik. Par contre il y a bien des Kirghise comme je dis au lac. En tout cas tu fais de beaux voyages, chapeau…

      Répondre
  3. Irina

    Bonjour Amélie,

    Merci beaucoup de partager ce fabuleux voyage avec nous, je prévois de partir au Xinjiang au printemps prochain et ton blog m’a énormément aidée.

    Je me demandais quel objectif d’appareil photo as-tu utilisé pour prendre les photos du lac Karakul, ainsi que les portraits de kirgish que tu partages avec nous sur cette page?

    Merci!

    Irina

    Répondre
    • Amélie

      Merci Irina c’est gentil. Niveau objectif j’ai un objectif Nikkor 24-70 (super lourd au passage) que je troque parfois pour un fisheye.

      Répondre

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